? Nématodes entomopathogènes 3/3: Pour aller plus loin

Bien que connus, ces micro-organismes recèlent encore de nombreux mystères. Rejoignez nous dans cette mini-série d'articles pour explorer leurs secrets et répondre aux questions que vous vous posez. Ensemble, nous allons lever le voile sur ces alliés microscopiques de la lutte biologique et découvrir leur potentiel insoupçonné dans la gestion des espaces verts.

Article 1/3 ? Plongez dans le monde fascinant des nématodes entomopathogènes
Article 2/3 Les Questions que vous vous êtes déjà posées
Article 3/3 Pour aller plus loin

 

Dans ce dernier volet de notre mini-série, plongeons au cœur des résultats d’essais révélateurs, éclairant les mystères de cette science parfois complexe de l’application des nématodes entomopathogènes.


 

1 La pression

Lors du passage à travers un système de pulvérisation, la bouillie subit des changements de pression significatifs. En particulier, une forte chute de pression se produit lorsque la suspension traverse l’orifice de sortie de la buse, passant de la pression de fonctionnement du système à la pression atmosphérique. Des changements rapides de pression peuvent provoquer la rupture ou l’éclatement de la cuticule du nématode, causant ainsi des dommages permanents et réduisant l’efficacité potentielle.

L’objectif de cette étude¹ était d’évaluer l’effet des différentes pression sur la survie des NEP en fonction des paramètres suivants:

  • Trois type de buses à injection d’air ont été utiliser : AI 11003 (buse bleue) – TTI 11003 (buse bleue) – AD-IA 11004 (buse rouge)
  • Trois plage de pressions : 2,07 bars / 4,13 bars / 6,20 bars
  • Espèce utilisée : Steinernema feltiae

 

graphique représentant la survie des nématodes en fonction des différentes plages de pressions.

 

Une autre étude² plus ancienne (2003) a étendu ses recherches à des plages de pressions plus importantes, où l’on peut voir que la survie des nématodes décline à partir de 20 bars. (2000 kPa = 20 bars).

Survie des NEP en fonction de la pression. Biological Control Volume 27, Issue 1, May 2003, Pages 65-72

 

 Les pulvérisateurs sur golfs et terrains de sports opèrent généralement à des pressions de 2 à 3 bars, soit environ 200 à 300 kPa. En extrapolant les résultats de ces deux recherches à notre domaine d’activité, nous pouvons donc dire que sous nos plages de pression, l’impact sur la viabilité des nématodes est négligeable.


 

2 La température de la bouillie

Le circuit hydraulique des pulvérisateurs couramment utilisés sur golfs et terrains de sports fonctionnent en circuit fermé. Les frottements dans les tuyaux, les filtres et la pompe provoquent une augmentation de la température de la bouillie pouvant grimper jusqu’à 40 °C (voir plus…). Ce processus peut engendrer des stress thermiques pouvant dans certains cas s’avérer léthal pour les nématodes entomopathogènes.

 

L’étude publiée le 26 avril 2025 dans la revue internationale « Pest Management Science » visait à examiner ces problématiques en analysant la viabilité (%) des Nématodes Entomopathogènes (NEP) en fonction du temps d’exposition (en minutes) à différentes températures. Cette étude portait sur les trois espèces de NEP suivantes : Heterorhabditis bacteriophora, Steinernema feltiae et Steinernema carpocapsae. Il est à noter que, la tendance observée étant similaire pour ces trois différentes espèces, les résultats ont été fusionnés pour faciliter l’interprétation.

La viabilité des nématodes a été analysée selon les paramètres suivants :

  1. Différentes plages de températures : 10°C, 20°C, 30°C et 40°C.
  2. Quatre points de mesure dans le temps :
    • La première mesure a été réalisée immédiatement après l’introduction des nématodes dans la cuve.
    • Les trois mesures suivantes ont été effectuées à intervalles de 90 minutes.
      • Ainsi, les mesures ont été prises aux temps suivants : 0 min après mélange, 90 min après mélange, 180 min après mélange et 270 min après mélange.

 

Ce graphique illustre la viabilité des nématodes entomopathogènes (EPN) en fonction du temps d’exposition et de la température.

Observations clés :

1- À 10°C (ligne cyan) et 20°C (ligne verte) : La viabilité reste relativement stable et élevée (environ 70-80%) tout au long de l’expérience.

 

2- À 30°C (ligne orange) : On observe une diminution progressive de la viabilité, passant d’environ 70% à 0 min à environ 50% après 270 min.

 

3- À 40°C (ligne rouge) : La viabilité chute drastiquement, passant d’environ 70% à 0 min à presque 0% dès 90 min d’exposition, et reste à ce niveau par la suite

 

 

 

 

En résumé, cette étude confirme donc que la température de la bouillie a un impact majeur sur la viabilité des EPN !

A retenir:

  1. Températures optimales (20°C) :
    • C’est la meilleure plage de température pour garder les nématodes en bonne santé.
    • Activité et survie optimales des nématodes.
  2. Température basse (10°C) :
    • Ralentit l’activité des nématodes
    • Mais ne les tue pas
  3. Températures élevées :
    • À partir de 30°C : • L’activité des nématodes ralentit • Leur survie décroît progressivement
    • À partir de 40°C : • Ces effets sont amplifiés de manière importante • Environ 95% de mortalité après 90 minutes en cuve

 


 

2 La survie des NemaTrident dans l’eau

L’exposition prolongée des nématodes entomopathogènes (NEP) dans l’eau peut être préjudiciable à leur survie et à leur efficacité. Voici les principales raisons de ce phénomène :

  1. Manque d’oxygène : L’eau stagnante peut rapidement devenir pauvre en oxygène, surtout si la concentration en NEP est élevée. Le manque d’oxygène peut stresser les nématodes et réduire leur viabilité.
  2. Épuisement des réserves énergétiques : Les NEP, en particulier au stade juvénile infestant (IJ), dépendent de leurs réserves lipidiques pour survivre. Dans l’eau, sans source de nourriture, ils épuisent progressivement ces réserves, ce qui réduit leur longévité et leur vigueur.*
  3. Perte d’énergie par mouvement : Dans l’eau, les NEP peuvent continuer à se déplacer, consommant ainsi de l’énergie sans bénéfice.
  4. Changements de température : L’eau peut subir des fluctuations de température plus importantes que le sol, ce qui peut stresser les nématodes.

Afin de répondre à cette questions nous avons mené, par l’intermédiare de notre Fabricant Koppert une étude⁴  afin de mieux comprendre quelle était la capacité de survie des Nématodes dans l’eau et pour être capable de répondre au bout de combien de temps en mélange dans la cuve la population décroit. Nous avons également cherché si l’Acelepryn pouvait avoir un impact lorsqu’il était utilisé en mélange en même temps avec les NemaTrident.

 

 

Les Nématodes seul:
L’analyse du graphique révèle que, même en l’absence d’autres facteurs, la population de nématodes entomopathogènes (NEP) introduite dans l’eau décline lentement mais de façon constante au fil du temps, et ce pour toutes les espèces étudiées.Observations clés :

  1. Déclin progressif : La survie des NEP diminue graduellement entre 2h et 5h après leur mise en suspension.
  2. Variation entre espèces : Le NemaTrient B semble légèrement plus sensible, avec un taux de survie inférieur aux deux autres espèces.
  3. Stabilité relative : Malgré le déclin, la baisse de population reste modérée, avec une mortalité inférieure à 3% entre 2h et 5h pour toutes les espèces.

Recommandations pratiques :

  1. Application rapide : Pour maximiser l’efficacité du traitement, il est conseillé d’appliquer les NEP le plus rapidement possible après leur mise en suspension.
  2. Fenêtre d’application : Bien que la mortalité soit faible, il est préférable de limiter le temps entre la préparation et l’application à moins de 5 heures pour garantir une efficacité optimale.

 

 

Les Nématodes associés à l’Acelepryn:
L’analyse du graphique révèle des comportements différents selon les espèces de NemaTrident lorsqu’elles sont mélangées avec l’Acelepryn.

  1. NemaTrident C et B :
    • Tendance similaire à leur utilisation seule, avec un déclin légèrement plus prononcé.
    • La mortalité à 5h augmente à environ 6%.
    • L’impact de l’Acelepryn sur ces deux espèces reste minime et acceptable.
  2. NemaTrident F :
    • Différence drastique observée.
    • À 2h : 97,5% de survie seul contre 40,35% avec Acelepryn.
    • À 5h : 92,7% de survie seul contre 32,79% avec Acelepryn.
    • La mortalité en mélange avec Acelepryn atteint près de 60%.

Conclusions et recommandations :

  1. NemaTrident B et C = Compatibles avec l’Acelepryn.
    • Recommandation : Minimiser le temps en cuve pour optimiser la survie et l’efficacité, comme lors de leur utilisation seule.
  2. NemaTrident F = Incompatible avec l’Acelepryn en mélange.
    • Recommandation : Éviter le mélange en cuve (tank mix) et privilégier des applications séparées.

 


 

3 L’infectiosité des nématodes:

Pour évaluer l’infectiosité des nématodes entomopathogènes selon différentes modalités, nous utilisons un système modèle avec des vers de farine (Tenebrio molitor). Pour cette étape, seules les NemaTrident B ont été analysés. Les essais avec NemaTridents C & F sont malheureusement incomplets.

Protocole expérimental :

  1. Préparation :
    • 7 larves de ver de farine sont placées dans des coupelles individuelles pour chaque modalité.
    • Chaque modalité est répétée 4 fois par expérience.
  2. Inoculation :
    • Les larves sont inoculées soit avec de l’eau (contrôle), soit avec une dose létale prédéterminée (DL80) de nématodes vivants issus de la solution testée.
    • La DL80 est spécifique à chaque espèce de nématodes et vise à atteindre au moins 80% de mortalité.
    • Le volume d’inoculum par insecte est maintenu constant.
  3. Incubation :
    • Les coupelles sont scellées et placées dans un incubateur.
    • Conditions : 21°C, 80% d’humidité relative, obscurité totale.
  4. Évaluation :
    • La mortalité est évaluée après 5 jours.
    • Critère de mortalité : absence de mouvement de l’insecte après stimulation avec une pince.

Cette méthodologie permet d’évaluer de manière standardisée l’efficacité des nématodes entomopathogènes dans différentes conditions, en utilisant un modèle biologique simple et reproductible.

Comparaison des efficacités des différentes solutions après 2h et 5h en cuve
  1. Résultat d’efficacité après 5 heures de mélange :
    • Témoin : survie > 95%
    • Modalité NemaTrident B seul : Efficacité > 80%
    • Modalité NemaTrident B + Acelepryn : Réduction significative de l’efficacité (~40%)
    • Conclusion : L’Acelepryn a un impact sur l’infectiosité des nématodes après 5h de mélange en cuve
  2. Test après 2 heures de mélange :
    • Témoin : survie > 95%
    • Modalités NemaTrident B seul & NemaTrident + Acelepryn : mortalité > 80%
    • Légère baisse non significative pour NemaTrident + Acelepryn
    • Conclusion : Pas d’impact significatif de l’Acelepryn sur l’infectiosité de NemaTrident après 2h en tankmix

Ces résultats suggèrent que la durée du mélange entre NemaTrident B et Acelepryn est cruciale pour maintenir l’efficacité des nématodes.
Un temps de mélange court (2h) permet de préserver leur capacité d’infection, contrairement à un temps plus long (5h) qui réduirait cette capacité.

 


 

Résumé : Facteurs influençant l’efficacité des nématodes entomopathogènes (NEP)

1. Impact de la pression

  • ✅ Pressions utilisées sur terrains de golf et de sport (2-3 bars) : pas d’impact significatif
  • ⚠️ Déclin de la survie des NEP à partir de : 20 bars

 

2. Effet de la température

TempératureEffet sur les NEP
10°CActivité ralentie, viabilité pas affectée
20°C? Température optimale
30°CViabilité diminue progressivement
40°C☠️ Mortalité rapide (95% après 90 min)

3. Survie des NEP dans l’eau

  • ? Diminution lente mais constante de la survie
  • ⏱️ Recommandation : appliquer dans les 5 heures suivant la mise en suspension

4. Compatibilité avec l’Acelepryn et efficacité

Espèce NEPCompatibilitéRemarques
NemaTrident B✅ CompatibleEfficacité diminue significativement après 5h de mélange
NemaTrident C✅ CompatibleEfficacité diminue après 5h de mélange
NemaTrident F❌ IncompatibleÉviter le mélange en cuve

 

Conclusion : Pour optimiser l’utilisation des NEP, il est crucial de :

  1. Contrôler la température (idéalement autour de 20°C)

  2. Minimiser le temps en cuve (< 5 heures)

  3. Vérifier la compatibilité des produits avant mélange

 


 

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